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Les neuropathies périphériques : un frein au traitement anti-cancer

 

Aujourd’hui, de nombreux cancers sont traités efficacement et la performance de la médecine moderne sur la question est en constante amélioration. Néanmoins, ces traitements efficaces ne sont pas sans effets secondaires. Parmi les nombreuses chimiothérapies utilisées, certaines sont reconnues pour induire des perturbations de la perception tactile. Ces effets, allant de sensations de fourmillements à des douleurs très prononcées, peuvent compromettre le traitement car ressentis comme insupportables par le patient. Quand on sait que la prévalence de ces effets peut aller jusqu’à 80%, le sujet devient une vraie question de santé publique.

 

 

Le cancer est une maladie qui revêt des formes très variées, touchant tous les organes et aux pronostics très différents. A l’instar de la diversité des types de cancers rencontrés dans la population, l’éventail des traitements anti-cancer est lui aussi très grand. Lorsque ces traitements nécessitent le recours à la chimiothérapie, les molécules utilisées présentent très souvent des effets secondaires attribuables à leurs propriétés anti-mitotiques (contre la division cellulaire et la prolifération des cellules cancéreuses). Ainsi, parmi ces molécules, certaines présentent des effets secondaires qui se manifestent par une altération de la sensation de toucher dans les extrémités – les mains et les pieds – avec en général des paresthésies, c’est-à-dire des sensations altérées, diminuées ou anormales, des sensations de fourmillements, de piqures ou de brûlures, et des douleurs pouvant aller jusqu’à perturber drastiquement la qualité de vie quotidienne des patients.

 

 

Ces perturbations sensorielles sont la conséquence de neuropathies périphériques chimio-induites (ang. Chemo-Induced Peripheral Neuropathy) ou CIPN. Elles apparaissent pendant la cure de chimiothérapie, parfois en fin de traitement et bien qu’elles puissent s’estomper avec le temps après l’arrêt du traitement, dans certains cas ces effets persistent après des années. De plus, pendant la cure, les CIPN peuvent se manifester de manière tellement intense qu’elles remettent en question la continuité de la chimiothérapie, compromettant ainsi les chances de rémission.

 

Un mécanisme connu, mais des solutions encore à l’essai.

 

Les mécanismes à l’origine des CIPN sont multiples et passent principalement par une détérioration de la gaine de myéline (gaine protectrice des fibres nerveuses intervenant dans la transmission de l’influx électrique), une neuro-inflammation entraînant une perturbation de l’activité neuronale et des effets moléculaires au niveau du neurone comme l’altération fonctionnelle de certains canaux ioniques ou de composants du cytosquelette. Les molécules en cause dans l’apparition des CIPN sont principalement les sels de platine, les taxanes, les anti-tubulines, les inhibiteurs de protéasome, les immunomodulateurs et les extraits de la pervenche de Madagascar (vincristine et vinblastine).

 

A cette question médicale, la réponse thérapeutique est plutôt floue. Il existe bien sûr des pistes qui ont montré des effets d’amélioration de ces douleurs typiques des CIPN mais à ce jour, aucun traitement reconnu n’est donné de manière systématique pour améliorer la qualité de vie des patients tout en leur permettant de prolonger le traitement chimiothérapeutique jusqu’à la fin du protocole.

 

Certains composés ayant d’autres indications, comme les anti-dépresseurs, peuvent être utilisés pour leurs propriétés anti-douleur.

 

Les acides gras polyinsaturés, anti-inflammatoires et neuroprotecteurs.

 

Parmi les molécules les plus prometteuses, on trouve les acides gras polyinsaturés qui ont montré dans un certain nombre d’études scientifiques des effets anti-inflammatoires et neuroprotecteurs, notamment par une restauration des réserves lipidiques intervenant dans l’équilibre structural de la gaine de myéline. Ce type de produits thérapeutiques représentent un espoir pour les patients touchés par les CIPN et permettent d’envisager une amélioration significative de leur qualité de vie tout en permettant d’aller jusqu’au bout du traitement chimiothérapeutique et ainsi de donner aux patients les meilleures chances de rémission.

 

Olivier Roca, PhD
Directeur de communication Science et Médecine
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